Meet The Soft Pack

Le quatuor californien The Soft Pack venait défendre hier soir au Nouveau Casino son brûlot garage-rock éponyme sorti en début d’année. A cette occasion, et avant la chronique du concert à paraître demain, Correct It est allé les rencontrer pour leur poser quelques questions. Abordant tour à tour la routine de tournée, la crise du disque, R.E.M ou le xylophone, Matt et Matty, duo fondateur, se sont montrés disponibles et intéressés, pour ma première d’une longue série d’interviews.



Première fois à Paris ?

Matty (guitare) : Non, c’est la troisième fois qu’on vient ici. On a déjà joué ici et on aime vraiment cette ville.

Vous avez déjà joué ici en tête d’affiche ?

Matty : Non, on a joué en première partie des Black Lips pour les Inrocks, il y a quelques mois. Il y a de très bonnes salles.

Quand on écoute votre album, on découvre des paroles qui parlent de lassitude et des chansons très énervées, presque en colère : d’où venez-vous, par quoi êtes-vous passés pour en arriver à ça ?

Matty : Matt écrit les paroles…

Matt (chant) : Oui, j’essaie juste d’écrire sur la vraie vie. Et c’est plutôt lassant, j’imagine.

Matty : Au jour le jour…

Même en tournée ?

Matty : Oui, la tournée, c’est une vraie routine. Tu es toujours sur la route, toujours dans le van. Tu vois de jolies villes, mais c’est tout.

Ecrire un album sur la vie de tous les jours, ça va tant qu’on en a une…Quand le groupe joue dans des petites salles, dans sa ville d’origine. Qu’est ce que ça devient quand la carrière prend de l’ampleur ?

Matty : C’est encore plus la routine, on se rend compte.

Matt : Oui, c’est très fatigant.

Matty : Mais c’est une bonne expérience. C’est bien.

Matt : C’est dans le contrat. Les gens n’achètent plus d’albums, mais on doit quand même survivre, on a des loyers à payer, et tourner, c’est ce qui nous rapporte, donc on comprend qu’on doive le faire, ça fait partie de notre boulot. Un boulot plutôt marrant, je veux dire : jouer du rock’n’roll… Mais c’est très fatigant, ça te crève.

Parlons de votre ancien nom, « The Muslims », pourquoi aviez-vous choisi ce nom ? Est-ce que c’était un moyen d’emmerder les rednecks ?

Matt : Oh, non, c’était juste un nom assez accrocheur qu’on aimait bien. Si le but c’était de choquer, on aurait écrit des chansons genre « Chions sur les centres commerciaux ». On écrit des chansons sur la vie de tous les jours et c’est donc un nom qu’on n’utilise plus depuis. On ne pensait pas que ça ferait tant de bruit, c’est un nom qu’on utilisait avec notre groupe d’amis à San Diego. On ne fait plus attention. C’était juste un nom de groupe. On a du changer parce qu’on a eu beaucoup de réactions agressives.

Puisqu’on parle de San Diego, est-ce que vous avez des liens avec des groupes originaires de cette ville, comme The Album Leaf ou Wavves, est ce qu’on peut parler d’une « scène » de San Diego ?

Matty : On a déménagé à Los Angeles il y a environ 2 ans. On n’était pas vraiment dans la scène de San Diego, avec des groupes comme Drive Like Jehu, The Hot Snakes ou The Black Heart Procession. Je veux dire, on a été influencé par ces groupes, on les a écoutés en grandissant, mais on n’a pas vraiment de liens noués avec eux. On les connaît, on va les voir, mais on ne faisait pas du tout partie d’une « scène ». On faisait notre propre truc.

Votre propre truc, justement, alors que les groupes à la mode mélangent rock et électro, comme Animal Collective, Yeasayer, Hot Chip, que les « nerds » sont à la mode, vous sortez un album de rock pur, garage, très direct. Vous n’avez jamais pensé à jeter vos guitares pour des synthés ?

Matty : Oh, c’est une bonne question. Pourquoi pas, on n’est pas mariés à ce qu’on fait, mais on ne suit pas les tendances non plus. On fait juste de la musique, en général. Je veux dire, il m’arrive de jouer du xylophone. Et peut être qu’un jour je ne ferai plus que du xylophone. On n’est pas « marié ». On ne joue pas du garage pour essayer de retrouver une ridicule émotion qui viendrait du passé. On veut juste jouer ce qui nous intéresse sur le moment. Tu sais, la guitare, c’est ce qu’on avait, on n’a pas suivi la mode.

L’industrie du disque connaît une crise : est-ce que c’est difficile aujourd’hui pour un groupe de rock d’être signé ?

Matt : Ca n’est pas très difficile d’être signé. Tu peux être repéré très facilement, très rapidement grâce à internet, attirer l’attention. Il y a moins d’argent qu’il n’y a pu en avoir mais c’est plus facile d’y entrer.

Plus facile d’y entrer, peut-être plus dur de durer ?

Matty : Oui, c’est sûr, il y a un tel volume, des nouvelles « next big thing » tous les trois jours… Les groupes se forment et se séparent très rapidement. Je pense que si tu as les bonnes motivations, tu peux mener une carrière. Mais si tu es là pour devenir la prochaine rockstar, c’est ridicule. Il faut réussir à garder la tête sur les épaules. Tu veux devenir une star ? Ca n’arrivera pas.

Vous parlez des « next big things » dans C’mon ou Answer to yourself : la popularité, vous, c’est quelque chose qui vous attire, vous fait peur ?

Matty : On n’a pas peur de la célébrité à partir du moment où on l’a selon nos conditions. On n’a pas de culpabilité « punk » parce qu’on marche en ce moment, mais ça doit rester sous nos conditions. Ca doit rester centré sur la musique.

Tant que vous gérez la chose…

Matty : On veut garder le contrôle. On veut juste rester « nous » finalement. Comme beaucoup de groupes. Regarde R.E.M. Je respecte beaucoup R.E.M parce qu’ils font tout ce qu’ils veulent de la manière qu’ils veulent. Ca n’arrive pas toujours.

Matt : Nirvana…

Matty : Ouais, Nirvana…

Quitte à finir comme Nirvana ?

Matty : (A Matt) Hey, je ne veux pas que tu t’exploses la tête ! Merci de poser la question, mais c’est mon ami et je ne veux pas qu’il le fasse !

Donc vous n’êtes pas dans un état d’esprit destructeur, punk…

Matty : Non, je pense que c’est aussi une des raisons pour lesquelles R.E.M est si cool, c’est que ce sont juste 4 types… enfin 5 maintenant, bref… Ils ne font pas semblant d’être des rockstars. Ils ne font pas de conneries, ils ne se fabriquent pas une biographie. Ils ne vivent pas leur vie selon celle de quelqu’un d’autre, ils vivent leur truc.

La production de l’album est très directe, primaire. Il sonne très « live », c’est comme ça que vous l’avez enregistré ?

Matty : Oui, c’est ça. Le premier album avec les Muslims, on a tout doublé. On jouait d’abord la batterie, puis la basse, puis les guitares… Cette fois, on voulait avoir un son live donc on a tout joué ensemble. On voulait vraiment qu’il sonne comme un live.

 

Comment vous différenciez alors aujourd’hui un concert du Soft Pack et l’écoute de l’album ?

Matt : C’est assez proche…

Donc il y a une réelle volonté de sonner à l’identique ?

Matt : Oui, oui, c’est une réelle volonté. Le premier ne sonnait pas assez live à notre goût, il était froid. Celui là, on voulait qu’il sonne réel. Et c’est comme ça qu’on a fait : juste nous qui jouons, avec des micros. On voulait faire une espèce de référence, « le groupe tel qu’il est ». Pour le live, on essaie juste de toujours aimer ce qu’on fait, de s’y intéresser. Des fois, on joue plus vite, d’autre plus lentement, des fois on chante en espagnol… Des fois, Matty va enlever sa chemise…

Et des fois, ça vous arrive de vous dire « j’en ai assez, ça fait 4 fois que je joue la même setlist cette semaine » ?

Matty : On lutte un peu contre ça, mais c’est vrai que des fois, c’est une vraie routine, et il t’arrive à penser à autre chose pendant le concert : mon linge sale, ce que je vais manger après le show. On essaie juste d’éviter au maximum ces comportements.

Parce que pour le public, c’est la première fois…

Matt : Oui, et c’est la seule impression qu’ils retiendront de toi. Il faut travailler à rester intéressé et intéressant.

Et ce soir, comment vous vous sentez ?

Matt : Bien ! On aime beaucoup Paris, ça s’est toujours bien passé.

Quand êtes-vous arrivés ?

Matt : Il y a environ 2 heures…

Pas de tourisme donc…

Matt : Non, pas le temps ! On repart demain matin. Juste le temps de boire un verre après le concert. C’est souvent comme ça. Parfois, on a quand même un jour de repos. La dernière fois, on a pu passer quelques jours ici. On est allé voir cette église là…

Matty : Oui, comment c’est déjà, cette église en haut d’une colline ?

Matt : Montmartre je pense…

Oui, c’est ça, Montmartre.

Matty : Super coin… Magnifique…

La fin de l’interview se profile, ce sont les minutes « liberté d’expression », si vous avez quelque chose à dire…

Matt : Eduquez vos animaux de compagnie. Ne soyez pas des connards racistes.

Matty : Oui, ça c’est bien !

Matt : Prenez le temps d’écouter Warren Zevon.

Matty : Prenez le temps de sentir les roses aussi. (Rires)

Propos recueillis par Jean-Philippe Régnier.

Merci à Oliver et à Mathieu pour l’organisation !

http://www.myspace.com/thesoftpack

« The Soft Pack » sorti le 15 janvier chez Heavenly.

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5 réponses à “Meet The Soft Pack

  1. Belle première interview !

  2. J’aime bien ! Simple mais efficace.
    Flammable et Parasites ont un bon goût de Ramones allongé…

    Bien joué pour l’interview dude, bonne continuation !

  3. Mince, mec, questions super intéressantes, interview bien menée, chapeau!!

  4. Ouep, terriblement bien menée, même ! Ca coule tout seul, ça se lit de façon très fluide, ça semble à la fois super bien préparé et très spontané, ça rebondit …
    Enfin bref! Beau boulot!
    Et je m’en vais découvrir ce groupe, tiens. Inculte que je suis …

  5. Pingback: The Soft Pack, The Parisians @ Nouveau Casino – 04/03/2010 « Correct It

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