Meet Delbi

Delbi, l’homme-orchestre moderne lillois ouvrait ce soir le concert d’Okou à la Maroquinerie et a comme à son habitude conquis le public grâce à une impressionnante présence et une virtuosité saisissante, relevant le défi permanent de ses prestations, à savoir occuper tous les postes sur scène tout en conservant énergie et sincérité. Encore une fois, son blues a fait mouche et après 45 minutes de set, on ne doute plus une seconde de sa légitimité parmi les artistes français les plus prometteurs.  Rencontre en sortie de scène.

Parle-nous un peu de toi : je sais que tu n’as pas commencé la scène avec Delbi, que tu as joué avec d’autres formations auparavant…

Alors… Mon premier groupe, avec qui j’ai vraiment commencer à faire de la scène, c’était un groupe de chanson. J’ai joué avec Lulu, et les Tchobello, qui était un groupe de rue, avec qui j’ai joué un peu partout en Europe, et puis j’ai eu envie d’aller un peu plus vite, j’avais un projet en tête depuis longtemps, j’étais assez impatient de le faire, j’ai commencé tout seul en me disant que je verrai où ça me mènerait… Et finalement, tout seul, je me suis bien marré et donc j’ai continué !

Donc à la base, tu es parti en solo pour donner de l’accélération, parce que tu sentais que tu stagnais ?

Non, non, à la base, mon projet, c’était de faire de la musique, mais bon, avant d’en parler, de partager, j’ai voulu voir ce que je pouvais faire, donc j’ai commencé dans mon coin, en me disant que je sortirai tout ça quand je serai prêt, que je verrai plus tard si j’en parle à des potes, etc, et puis j’ai découvert le sampler, les possibilités que ça offrait, j’ai commencé à bidouiller, et finalement, je me suis trouvé bien à jouer tout seul.

Jouer tout seul est venu naturellement parce que tu voyais que tu aimais ça : pas de trip égocentrique ou de volonté de garder le contrôle total sur tout ce que tu faisais ?

Garder le contrôle, si, forcément, un peu. C’est venu petit à petit quand je me suis rendu compte de tout ce que je pouvais faire avec le sampler, les empilages de sons, ça m’a plu, donc j’explore ça à fond pour le moment.

Justement, cet empilage fait que tu es entouré de matériel sur scène, tu gères ta guitare, tes effets, le clavier, les percussions, tu samples le tout… Où est le lâcher-prise au milieu de toute cette technique ? Est-ce que le public ne voit pas Delbi dans sa bulle ?

C’est un peu le risque, c’est sûr. J’essaie de gérer ça en profitant le plus possible de moments où j’ai pas à gérer plusieurs instruments à la fois. Dans les morceaux, certes, il y a des passages qui sont assez techniques, et d’autres où finalement je ne suis qu’en voix/guitare et où ce côté technique est moins présent, et pendant ces moments là, je veux que le public écoute de la musique avant tout, qu’il trippe sur la musique.

Ce qui est servi par tes titres très longs, avec des passages instrumentaux, très éloignés du format pop traditionnel.

Ah, c’est sûr, la pop, je ne pourrais pas, avec tout le matériel, je n’aurais pas le temps ! Je serais toujours en train de courir à droite, à gauche !

Parmi toutes tes influences, ça n’est pas toujours facile de s’y retrouver : ton set ce soir était très blues, mais on t’entend parfois déborder sur le folk, la soul, on sent des touches de chanson par moment, des clins d’œil à la variété quand tu reprends Billie Jean. Où te situes-tu au milieu de tout ça ?

Je fais de la musique. Je ne m’attache pas vraiment à un style, c’est un peu à l’envie chaque soir… Et je ne m’en rends même pas compte, je ne me suis pas dit ce soir « Allez, je fais un set blues. », j’ai choisi ces quatre morceaux là parce que je les aime, et finalement, ils sont très bluesy. J’essaie d’explorer un peu tout, parce que j’écoute un peu tous les styles. Après, c’est clair que j’ai une base blues, que tout part de là. Blues, rock folk… J’ai aussi envie de faire de la funky music, de la soul…

Au risque de perdre un peu l’auditeur ?

J’essaie de garder un tronc commun à tout ça. Il y a un risque, oui, à partir dans tous les sens, mais je travaille à le maîtriser !

L’avenir de Delbi, c’est l’album en enregistrement, qui sortira à la fin de l’année, et autour ?

Je répète en quatuor maintenant ! Je garde ce projet solo, le Delbi de ce soir, mais je monte un Delbi où on sera à quatre sur scène, des musiciens avec qui je travaille aujourd’hui pour monter un projet particulier et pas juste jouer à quatre ce que je jouais tout seul.

Ce groupe, ça sera « Delbi » ou « Delbi & the… » ?

Je ne sais pas trop encore. Pour l’instant, c’est « Delbi & the… ». Delbi & The Cookies. On joue ensemble depuis 3 mois, il faut que les choses se mettent en place, un groupe, ça ne se monte pas comme ça, donc on verra aussi à l’avenir comment ça se passe. A priori, je garderai les deux formules.

Aujourd’hui, où t’éclates-tu le plus ? Sur scène, en interaction avec le public ? Ou chez toi, en home-studio, à bidouiller tes machines ?

Les deux sont bons. Il arrive un moment où t’en as marre de vadrouiller dans tous les coins, de faire de la scène tout le temps, même si c’est jouissif. T’as envie de te retrouver un peu tout seul, de te ressourcer un peu. C’est pas la même énergie, tu vas trifouiller des détails, chercher ton son, tu as le temps de faire tout ça. Sur scène, c’est plus brut, plus direct, ce que tu as à faire, c’est être là vraiment, faire en sorte de pas te planter. Mais les deux sont complémentaires, tu ne peux pas faire l’un sans l’autre.

Quand il te voit, le public fait parfois référence à Julien Doré. Imaginons que tu aies tenté un parcours type « Nouvelle Star », tu aurais laissé la concurrence loin derrière. Pourquoi tu as décidé de ne pas opter pour cette solution « de facilité » ?

Parce que j’aime prendre mes décisions. La télé-réalité, pourquoi pas, mais après tu es prisonnier du système… Je ne pourrais pas supporter, je taperais tout le monde, je deviendrais méchant ! Vraiment méchant ! Après, il y en a qui ont pu passer le cap, c’est un question de caractère, il faut savoir accepter toute la machine qui va avec, 150 personnes qui sont derrière ton dos, une espèce de ruche qui te surveille, des contrats. Avec Sophie (Sophie Sand, de No Bigoudi), on est deux, plus des potes qui gravitent autour de l’association. C’est plus dur parce qu’on fait avec nos moyens, mais au moins, tout ce qu’on fait, on sait qu’on le fait nous, pour nous, et que personne ne nous dicte quoi faire. C’est la façon de faire qui me plaît.

Julien Doré, c’est une baltringue : ce mec chante comme un dieu, et il part faire la Nouvelle Star. Je ne comprends pas pourquoi il a fait ça. Il avait pas besoin de ça, ce mec. Autant, il y en a, c’est des tanches, et ils chantent comme des poutres, autant lui, tu sens qu’il a un truc, du charisme ! Je pourrais pas. J’ai écouté un peu ce qu’il a fait récemment. Bon, c’est un peu son trip à lui, de faire un peu le kéké sur scène, show hyper calibré, musiciens avec des lunettes de soleil, lui qui est coiffé n’importe comment… Tu vois, c’est la tragédie grecque sur scène. Moi, quand je viens sur scène, je viens pour faire de la musique, je viens pas pour faire le malin. Il a du talent, je pense, mais ce chemin là, je ne l’emprunterai jamais. On me l’a proposé. Un pote qui bossait un peu dans les castings et me disait d’y aller. Tout le monde peut le faire.

Mais Delbi ne le fait pas, il a décidé de lutter…

Hé hé, non, lutter, même pas, je veux juste faire mon truc comme je l’entends.

Des ambitions, quand même ?

Oui, j’ai envie de voyager. J’ai envie de jouer à l’étranger.

Quand on est entre deux-eaux comme ça, c’est-à-dire qu’on commence à tourner, à faire parler de soi, mais qu’on n’est pas non plus… Julien Doré par exemple, est-ce qu’on ne regarde qu’au dessus, en se demandant que va être la suite, ou est ce qu’on regarde en dessous aussi, et une scène lilloise très vivante aujourd’hui ? Est-ce que tu guettes la relève ?

La relève… Oui, je regarde un peu la relève, j’aide un petit groupe, qui s’appelle Label Rose, pour qui je vais faire le son au Biplan (le 26 mars à Lille), avec qui j’enregistre une petite maquette. Après, je ne passe pas non plus mon temps à regarder ce qui se passe…

Tu n’es pas le pygmalion lillois…

Non, vraiment pas.

Bon, et dans les prochaines semaines, où est ce qu’on te voit ?

Euh… Ouh là… Sur mon myspace ! Ah oui, si, je joue ce week-end à Herzeele, en pays flamand ! Un café avec un orgue mécanique, Aux Orgues, ça va changer de la Maroquinerie !

« Delbi », EP disponible.

http://www.myspace.com/delbimusic

Propos recueillis et Photos : Jean-Philippe Régnier.

Merci à Sophie pour l’organisation !

Publicités

5 réponses à “Meet Delbi

  1. Il a l’air sympa le Delbi !

    Herzeele, c’est tout près de chez ma meumaïe, faut que j’y aille 😉

    Label Rose, comme le monde est petit… T’as pas glissé un ptit « Ah mais j’ai des potes qui jouent avec eux ce week end, tiens voilà leur maquette… »

    Sinon j’aime beaucoup le « ils chantent comme des poutres », on sent que ca vient du coeur!

  2. Ouais, cette scène lilloise, c’est une horreur, tout le monde couche avec tout le monde, c’est bien des ch’ti ça… T’inquiète que j’ai glissé B-Road dans la conversation ^^

  3. Bel article ! C’est effectivement un artiste accompli, et vu le niveau technique et la présence sur scène, Delby ne peut que monter.

    C’est pas de l’orgie non plus, juste de l’entraide musicale 🙂

    « It’s all about network man ! « 

  4. Delbi, B-Road,… ça serait le concert idéal…J’adooore !!!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s