Meet Vismets

A l’occasion d’une soirée d’anniversaire qui célébrait 5 ans et quelques beaux succès, le label indé parisien Roy Music (Mademoiselle K, Jil is Lucky, Make the Girl Dance) faisait monter sur la scène du Divan du Monde (Paris XVIII) ses dernières signatures, dont la nouvelle sensation belge, Vismets. Fils bâtard de Soulwax et de Ghinzu, pour qui ils ont chauffé à blanc Forest National, jouant en première partie du concert triomphal qu’a donné le groupe de Stargasm pour clôturer sa tournée belge, ils samplent même AC/DC et reprennent Pink Floyd sans honte. Vismets a les dents longues et ne compte pas s’arrêter là. Quelques heures avant le premier et le plus important de 3 concerts parisiens, rencontre avec Dany Vismets, leader du groupe.

 

Alors, pour commencer, c’est quoi un Vismet ?

Vismet c’est un mot qui vient de Bruxelles. C’était très utilisé dans les années 60, 70. Ca désigne un petit voyou, pas très glorieux, une petite frappe. C’est plus tellement utilisé aujourd’hui mais je l’ai souvent entendu quand j’étais gamin et j’ai toujours aimé la sonorité de ce mot, il dégage quelque chose de rock. « Vismet ». Pour moi c’était assez évident.

The Vismets, The Rascals, même veine…

Ouais, mais on n’est plus « The » maintenant. Vismets. On l’a été pendant un moment, au début pendant un an. J’ai viré le « The » parce qu’il y avait trop de groupes avec des « The » partout, ça n’avait plus tellement de sens…

Dany Vismet, Tony Vismet, Niky, Ramy Vismet… Qui sont les frères Vismets, ?

Alors déjà, il y a deux vrais frères dedans, Tony et moi, Dany. A la base, on était un trio. On a joué pendant 1 an et demi, 2 ans, à 3 avec le batteur, Niky, qu’on a rencontré via notre ingé son de l’époque et avec qui on s’est super bien entendu directement, musicalement ça c’est super bien passé, on a continué à jouer ensemble, on a très vite eu de bons retours en Belgique, ça nous a soudés, donc on a fait un premier EP 4 titres autoproduit, assez rapidement. Mais au bout d’un moment, j’ai trouvé qu’on était un peu à l’étroit, à 3, par rapport à ce que je voulais faire. Oui, parce que Vismets, c’est mon projet : c’est moi qui écris, qui compose pour le projet, et donc je voulais qu’on soit 4 parce qu’à la base, il fallait parfois qu’on fasse des choix dans nos arrangements parce qu’on était en trio et on s’est dit à un moment « Ca serait quand même cool qu’on puisse tout jouer sur scène… ».

Vous vous sentiez bloqués entre le studio, avec des arrangements possibles en overdub, et la scène où tout doit être joué live ?

Oui, on avait un truc qui marchait super bien, un power-trio, super rentre dedans, mais pour moi, ça manquait d’un truc. Peut-être pas de subtilité mais disons qu’il y avait de la place pour de la subtilité en plus. Au bout d’un moment, on a donc appelé Ramy avec qui mon frère et moi avions déjà joué quelques années auparavant, qui est un super bon gratteux et ça s’est fait tout seul… Je l’ai appelé, il était super content parce qu’on commençait déjà à buzzer en Belgique. On a mis environ 6 mois à s’adapter les uns aux autres et pendant la session studio qui a suivi, on a vraiment senti un vrai truc qui montait…

C’est passé de 3 Vismets + 1 à 4 membres d’un seul groupe facilement, malgré le chemin déjà parcouru à trois…

Ouais, tout à fait, et maintenant, c’est évident qu’on forme un groupe à 4.

La Belgique en ce moment buzze beaucoup, la scène y est très riche, comment tu expliques ce phénomène, par rapport à une France qui peine à voir ne serait-ce qu’un groupe émerger, par exemple.. ? L’Angleterre mise à part, la Belgique fournit tous les groupes de rock d’Europe, monopolise la scène « du continent ».

Je sais pas si on monopolise la scène, en tout cas je pense qu’il y a une réelle effervescence, une émulation… C’est un très petit pays, des petites villes… On se connaît tous ! Les avancées des uns ont des retombées sur les autres et je pense qu’on a une certaine façon d’aborder le rock, assez décomplexée, qui fait que quand c’est bon, qu’il y a du résultat, on en parle et on arrive facilement à venir jouer en France… Je sais pas trop pourquoi finalement, mais en effet, il y a un truc… C’est marrant parce que finalement, même nous, Belges, quand on était gamin, on écoutait du rock belge. dEUS a commencé à émerger quand j’avais 13 ans et de là, il y a eu Zita Swoon qui s’est rajouté… Evil Superstars… Toute une scène flamande qui nous a très, très influencés, nous, les petits jeunes gratteux, zicos… Il y a eu cette preuve qu’on pouvait s’exporter et faire du rock de qualité. dEUS a déclenché un truc, et puis il y a eu Ghinzu, apparu un peu moins de 10 ans après, au début des années 2000. Là aussi encore une fois ça a créé un mouvement, on y a cru !

Justement, aujourd’hui, est-ce qu’on peut monter un groupe de rock en Belgique sans prêter allégeance à dEUS ou Ghinzu ?

Oui, totalement, ça, c’est sûr. C’est sûr parce que, voilà, ce sont les étendards, ce sont ceux qui nous représentent pour le moment hors-frontières, mails il y plein de petites choses qui se passent en Belgique et il y a beaucoup de groupes qui justement renient cette filiation, ne veulent pas du tout en faire partie. Disons qu’il y a moins cette omnipotence de ces deux groupes chez nous. Ils sont évidemment sur le devant de la scène parce qu’ils ont les moyens, parce qu’ils sont très médiatisés et parce qu’aujourd’hui, le média le plus présent étant Internet, que tu sois Bruxellois ou Parisiens, tu reçois la même info, ce qui fait qu’ils sont très présents. Donc il y a des familles de musiciens, des gens qui s’entendent bien, mais par exemple, nous, on a du se libérer de cette étiquette « Ghinzu » parce qu’au début, on nous a pas mal comparés, rapprochés d’une certaine façon, et si au début c’est très flatteur, très vite, ça t’enferme dans quelque chose et tu commences à avoir envie d’exister par toi-même, et le fait que ça soit comme ça des amis, il y a eu des espèces de quiproquos, de malentendus… On a joué en première partie de Ghinzu à Forest National qui est la plus grande salle belge et évidemment, on les en remercie. C’est bien, ce qu’ils ont fait, on surfe sur cette vague là, c’est sûr.

Cette première partie, votre signature : ces derniers mois, ça a été la grosse montée en puissance pour vous, en Belgique et ailleurs. Qu’est ce qui fait qu’un jour, tu es le groupe qui joue dans un bar et l’autre, tu ouvres pour Ghinzu à Forest National ?

Plusieurs choses… Premièrement, il y a une rencontre, c’est notre manager, Christophe Waeytens, qui fait partie de ceux qui ont découvert dEUS, qui y ont cru et les ont signés dans un garage en 1992. Il a fait beaucoup pour la scène rock belge. C’est lui qui a monté des grosses dates en Belgique, qui réunissaient Ghinzu, Girls in Hawaii et Sharko sur la même scène. Il est un peu à l’origine de l’émergence de cette scène au début des années 2000. Et donc Christophe, qui était patron et directeur artistique d’un label, Bang !, qui a sorti dEUS, qui a distribué Ghinzu, qui était sur tous les bons coups rock chez nous, je lui ai un peu fait du forcing ! Je me suis pointé plusieurs fois à son bureau avec des démos, mais il trouvait qu’il manquait un truc, alors je recommençais. Notre album à sortir, au début, devait être autoproduit, et quand je suis sorti de cette session là, avec les 12 titres qu’on avait enregistrés, Christophe a flashé sur 4 titres. Il nous a dit « J’ai 4 titres sur lesquels on peut bosser. On va bosser ensemble, je sais pas encore comment, mais on va le faire. » Puis il a quitté Bang !, il s’est mis dans le management et on a tous, d’un commun accord, décidé que Wasted Party serait notre premier single. Wasted Party a débloqué beaucoup de choses, il est passé sur la radio nationale belge, en rotation lourde, il l’est toujours depuis octobre… A partir de ça, effet boule de neige : le track plaît et voilà ! Tu sais, tu passes du groupe qui fait de temps en temps de belles dates au groupe qui passe en radio et qui commence à avoir une certaine notoriété, crédibilité… Je veux dire : c’est con, mais un groupe devient crédible quand il passe à la radio ! Ca reste encore le meilleur moyen de découvrir un groupe sans rien faire, sans le chercher. Donc c’est surtout notre entrée en radio en octobre dernier qui a déclenché les choses. C’est beaucoup de travail aussi. On est un groupe de bosseurs. On a un vrai côté petits cons, branleurs…

Vismets…

Ouais, vismets ! Mais il y a du boulot derrière !

Vu que vous faites le buzz en Belgique, partir faire une mini-tournée à Londres, à Paris, où personne ne vous connaît encore, est-ce que c’est plutôt de l’appétit, se mettre un peu en danger ou au contraire remettre les choses à plat, pour garder la tête froide ?

Je pense que c’est un peu de tout ça. La Belgique, tu as vite fait le tour. Jouer à l’étranger tu fais buzzer encore 1000 fois plus à la maison. Par exemple, ces trois dates parisiennes, parce qu’on a signé avec Roy Music il y a un mois, ça nous parait normal de venir jouer ici, parce que l’album va sortir sur ce territoire, on vient se présenter, voir en amont, prendre la température, trouver un tourneur… On a vraiment beaucoup joué en Belgique, il n’y a pas non plus énormément de salles, au bout d’un moment, ça devient redondant et il faut aussi bouger. Avant-hier (le 9 mars) on était à Londres, avec Jil is Lucky, c’était super !

Comment est l’accueil ?

C’était super ! Bizarrement, il y a moins de pression… Ce soir par exemple, il y a énormément de pression, il y a des gens qui viennent nous voir, du métier. Mais à Londres, il y avait zéro pression : tu viens avec tes potes, tu joues, et tu joues en Angleterre, merde quoi ! En rock, j’écoute 80% de musique anglaise, je suis pas trop fan de ce qui vient des Etats-Unis, alors forcément, jouer chez les Beatles, wow quoi…

Donc ce soir, pour les 5 ans de Roy Music, c’est un peu le grand oral ?

Oui, de nos 3 dates ici, c’est la plus importante, parce qu’on est la nouvelle signature Roy, je pense qu’ils misent beaucoup sur notre gueule et parce qu’on a rendez-vous avec un gros booker ce soir, et qu’il faut qu’on les convainc, même s’ils ont l’air déjà pas mal accrochés au truc. Un peu plus de pression donc, mais souvent les concerts avec le plus de pression, ça devient les meilleurs concerts, parce que t’es dedans. Tu t’es concentré avant, et au final, après 5 minutes sur scène, tu te rends compte que ça reste une scène, ça reste un public, peu importe qui il y a dedans… C’est un truc magnifique : sur scène, t’es le maître. Les gens sont là, ils passent un moment avec toi. Mais t’es le maître, et si t’as décidé de les envoyer chier -ce qu’il faut surtout pas faire- tu le fais, si t’as décidé d’être agréable, ce que tu veux, tu le fais. Il y a quelque chose de très jouissif là dedans, d’avoir les plein-pouvoirs pendant 1h. Un concert reste toujours un concert. Quand on a joué devant 6000 personnes, c’était super flippant avant, mais une fois que tu es dedans et que t’as tenu 5 minutes, ça devient super…

En pleine ascension, vous devez vivre beaucoup de nouveautés : qu’est ce que tu gardes comme souvenirs marquants, un bon, un mauvais, une anecdote ?

C’est difficile ça… On fait tellement de choses, toutes anecdotiques… C’est un tout… La plus belle anecdote, c’est Forest National… C’est un peu comme si tu jouais au Zénith, ici. C’est la salle où tu es allé voir les groupes que tu kiffais quand tu avais 12 ans, c’est 6000 personnes ! Je crois que dans tout ce qui se passe, mon plus beau souvenir, c’est de voir 6000 personnes, les mains en l’air, sur Wasted Party taper des mains, gueuler, alors que t’es une première partie, qu’a priori, il n’y a pas grand monde qui te connaît et que tu vois que tu arrives à soulever une salle de 6000 personnes… Ca, je peux te dire que t’as la larme à l’œil, que tu as tous les poils qui se dressent, c’est incroyable… Après, un mauvais souvenir, j’en vois pas… Vraiment… On fait quand même quelque chose d’assez magnifique… Avant tout, on est des fans de musique et hier on se disait « Putain, les gars, regardez, on est à Londres, tous frais payés, on joue, on fait ce qu’on aime… » Ca c’est ce que je retiens aujourd’hui. Si demain je crève, je pourrais me dire que j’ai fait un truc magnifique, je me suis senti super libre, j’aurai vécu des grands moments sur scène, dans les backstages, en rencontrant des gens, en interview… Voilà, la plus belle chose, ce sont les rencontres, ces moments de liberté. Le pire truc là dedans, dans cette ascension, c’est que tous les soirs, les compteurs sont remis à zéro, tu peux te planter tous les soirs, mais j’ai vraiment pas de mauvais souvenir…

Quand ton groupe monte en puissance comme vous, quand tu pousses le jeu à fond, est ce que ça te laisse le temps de toucher à autre chose, de lancer d’autres projets, ou est-ce qu’en ce moment, tous les quatre, vous êtes vraiment les frères Vismets ?

Je touche à autre chose moi, je fais de l’electro. Je lance un projet cet été qui s’appelle Achtung & Garfunkel. Je fais ça avec notre ingé son. A deux, on est vraiment des fous de musique, de toutes les musiques. On peut passer des nuits à en parler, à en écouter, à débattre, on casse les couilles de tout le monde… Donc on a monté ce projet et cet été, j’espère faire pas mal d’electro, des sets live en duo. A part ça, en effet, ma vie pour le moment, c’est Vismets. On est un groupe assez ambitieux. Il y a des gens qui vont se limiter à faire des petites salles, qui vont être très heureux et faire quelques concerts chez eux et qui vont continuer à aller bosser à La Poste pour bouffer : moi, c’est pas le cas. J’ai envie de pouvoir gagner ma vie de façon décente et de me livrer corps et âme à ça, d’aller jouer au Japon, j’ai envie d’aller loin. On va là où on peut aller, mais j’ai faim ! On a faim, tous !

Bon, et donc pense à la suite, et pense à la relève, donc c’est les minutes de promo, d’expression libre…

Venez nous voir, suivez nos dates ! Et allez écouter Nestor !, c’est un groupe bruxellois qu’on aime beaucoup et qui, je pense, ne va pas tarder à tirer son épingle du jeu à son tour et à faire quelque chose. Encore une fois, je te dis, on est super content de faire de la musique, c’est une expérience magnifique…C’est la plus belle façon de rencontrer des gens. On aime ça.

Single « Wasted Party » bientôt disponible, album à sortir.

Vismets sera le 13 mars à la Flèche d’Or.

http://www.myspace.com/thevismets

Propos recueillis et photos par Jean-Philippe Régnier

Merci à Christophe pour l’organisation.

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