Copy Haho, Los Campesinos! @ Point Ephémère – 15/03/2010

Un concert au Point Ephémère, ça tranche généralement avec le charme discret des salles parisiennes, aux balcons et lourds rideaux rouges façon cabaret. Ici, on se retrouve sur le béton, dans une salle qui sent la vieille bière et l’humidité, les amplis buzzent déjà avant même que le concert ne commence, le volume calé sur 11, et l’atmosphère baigne dans une fumée postiche, qui rappelle une époque où les salles étaient embrumées d’un smog épais. C’est dans cette ambiance poisseuse que Los Campesinos! sont venus présenter leur nouvel album,  Romance is Boring. Plus proches des groupes  post-rock nord-américains, par leur façon de déconstruire les formats et sonorités pop et la voix très mise en avant de Gareth Campesino!  (on pourrait vaguement penser à Thee Silver Mt. Zion) que de la scène britannique actuelle, leur style impose l’avis tranché (et je dois dire que je me place du côté de ceux qui ont un peu de mal…) mais force est de reconnaître que le septet impressionne par sa précision en live. Pour ouvrir la soirée, des écossais aux  relents d’indie-pop US  90’s (lisez « Pavement »), Copy Haho.

L’Ecosse a les yeux rivés depuis quelques mois sur ces 4 gamins originaires de Stonehaven, dans le nord du pays, et il faut avouer que Copy Haho a créé la surprise hier soir en délivrant avec brio un rock largement influencé par le lo-fi et le shoe-gaze du début des années 90. Une nappe de guitare distordue, cradingue et boueuse, soutenue par une basse profonde, et au dessus de ça, des riffs noisy et la voix, entre écorchée et nasillarde, comme un Brian Molko des débuts, de Joe Hearty, certes le groupe digère encore ses influences, Pavement et Sonic Youth en première ligne, mais il n’est pas en rade de compos solides (Demons & Gods, très efficace ou la petit bombe Wrong Direction). Cerise sur l’ampli, les jeunes scots font preuve d’une étonnante aisance sur scène et captivent le public, que l’hypnotique bassiste (mais comment garde-t-il les yeux ouverts sans cligner si longtemps ?) n’hésite pas à  rejoindre sur le dernier titre de leurs trente minutes de warm-up, qui ont confirmé qu’ils méritent les espoirs qu’on place en eux.

Bred for Skills and Magic, EP disponible chez Big Scary Monster

http://www.myspace.com/copyhaho

S’ils se revendiquent gallois (et n’ont rien avoir avec leurs homonymes landais), Los Campesinos! regroupent 7 membres qui se sont retrouvés au Pays de Galles pour y suivre leurs études à la Cardiff University mais sont en fait originaires des quatre coins du Royaume-Uni. C’est là qu’en 2006 ont eu lieu les premiers concerts du groupe, pendant lesquels il a assis sa notoriété et mûri son style au fil des expérimentations, jusqu’au mélange de post-rock, d’indie et de lo-fi qu’on lui connaît aujourd’hui, tout en affichant une étiquette pop décomplexée.

Pourtant, avec leurs mélodies déconstruites où foisonnent pêle-mêle une guitare noisy, du violon, une flûte traversière et un xylophone, tout s’éloigne du format pop si ce ne sont les paroles mi-hilarantes, mi-désabusées (« I taught myself that the only way to vaguely get along in love is to like the other slightly less than you get in return », sur We are Beautiful, We are Doomed) que scande Gareth Campesino. Leur musique sonne comme une valise trop remplie qui s’étale au milieu d’un hall de gare : un vrac d’affaires qui nous sont familières, mélangées, désordonnées de telle sorte qu’on ne les reconnaît plus et qu’on ne sait par où attaquer leur rangement.

L’impression qui s’en dégage ne sert malheureusement pas vraiment le groupe : de ce joyeux brouhaha, sans carte pour s’orienter, on retient « les chansons bruyantes » et les « chansons calmes ». Attaques frontales contre la morosité ambiante, les compositions du groupe sont de réelles explosions de joie, (Death to Los Campesinos!) qui ont de l’explosion la masse protéiforme et aléatoire, le caractère inattendu et imprévisible  qui perd l’auditeur non-averti autant que la spontanéité et la sincérité : le groupe joue sans faux-semblant et consacre toute son énergie dans sa prestation, sans garder à l’esprit une seule seconde qu’il faudra remettre ça le lendemain.

Résultat : un public de fans aux anges mais un concert un peu frustrant, dont on sort en se disant qu’on aurait bien aimé être fan des gallois, parce que ce soir, ils ne l’auraient pas volé.

Setlist :

Heart Swells/100-1

I just sighed, I just sighed, just so you know

Death to Los Campesinos!

Miserabilia

A Heat Rash in the Shape of the Show Me State or Letters from Me to Charlotte

There are Listed Buildings

Romance is Boring

Documented Minor Emotional Breakdown #2

My Year in Lists

Straight in at 101

This is a Flag. There is no Wind

You ! Me ! Dancing !

We are Beautiful, We are Doomed

The Sea is a Good Place to Think of the Future

Sweet Dreams, Sweet Cheeks

Romance is Boring, sorti le 1er février 2010 chez Wichita/Cooperative Music

http://www.myspace.com/loscampesinos

Crédits Photo : Jean-Philippe Régnier

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Une réponse à “Copy Haho, Los Campesinos! @ Point Ephémère – 15/03/2010

  1. Bravo jip! Encore un très bel article et très bon site!

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