Meet The Album Leaf

Avant son concert à la Maroquinerie le 19 mars, j’étais allé rencontrer Jimmy LaValle, unique membre à part entière de The Album Leaf. Subissant un contre-temps, la rencontre s’est faite alors qu’il finissait ses pâtes bolognaises dans le restaurant attenant à la salle. Questionné aussi bien sur l’évolution (de moins en moins frappante) de son post-rock instrumental au fil des albums que sur sa filiation avec le scène de San Diego, LaValle fera preuve de bonnes manières exemplaires, en parlant très peu, puisqu’il avait la bouche pleine. Une rencontre elle aussi instrumentale, en somme.

A la base, The Album Leaf était un side-project, puis au fil du temps, c’est devenu ton projet principal. Comment s’effectue le glissement entre les deux ?

En fait, c’est devenu petit à petit une évidence. Ca m’occupait plus que le groupe avec qui je jouais à l’époque, donc j’ai senti que ça comptait plus pour moi, j’ai pris la décision de quitter mon autre groupe.

Donc ça ne te manque pas de jouer du punk comme tu le faisais à l’époque ?

Non, pas tant que ça. Et puis on s’est reformé, il y a deux ans, pour une tournée, donc j’ai eu droit à ma dose de punk, je sens encore ce que ça fait !

A Chorus of Storytellers est le 5ème album de The Album Leaf, dans une veine post-rock instrumentale, aérienne que tu connais bien maintenant. Quelles sont les directions musicales que tu voudrais prendre, pour la suite ?

Je n’ai pas encore vraiment commencé à y penser. Evidemment, j’aimerais faire quelque chose de différent. On ne sait vraiment ce qu’on veut avant de le faire, tout se détermine dans la manière de l’exécuter. On verra quand le moment sera venu.

Comment a lieu la composition de tes morceaux ? On est loin des formats classiques de la pop couplet/refrain, est-ce que tout ça est issu de jams, est-ce que tu travailles seul ?

Je travaille beaucoup seul chez moi. Pour moi, ça sonne comme du refrain/couplet/pont, j’entends mes chansons de cette façon. Tout tourne autour des mélodies et de la durée qu’il faut les jouer. Quelle sera la bonne longueur de chaque passage, les variations à y apporter, c’est ce que je travaille chez moi. Une chanson comme « Spread Eyes » par exemple, est très longue sur le papier, et pourtant quand on la joue, elle ne paraît pas si longue parce que les parties s’enchaînent très bien, et s’étendent à chaque fois juste ce qu’il faut. J’enregistre tout ça en démo à la maison, puis j’envoie les différentes parties aux musiciens environ deux semaines avant l’enregistrement. Ils me donnent leur avis, on répète, on fait évoluer les chansons avec les idées de chacun puis on se réunit en studio. On fonctionne de cette manière.

Justement, à ce propos, est-ce que c’est toi, Jimmy, The Album Leaf, ou est-ce que tout le groupe ici autour de la table, c’est The Album Leaf ?

Ca n’a pas beaucoup d’importance, finalement. Je n’y pense pas vraiment. Evidemment, si je n’étais pas là, il n’y aurait pas eu The Album Leaf, si je partais, il n’y aurait plus The Album Leaf. D’un autre côté, on joue ensemble depuis tellement de temps, en groupe, que les frontières se brouillent. The Album Leaf sur CD, c’est moi, mais sur scène, c’est un groupe.

Parlons de la scène, puisque tu abordes le sujet. Ta musique est complexe, il y a beaucoup de nappes qui s’empilent, de couches qui s’entremêlent. Quand tu joues cet album sur scène, tu t’entoures de machines, de loopers ? Ou tu simplifies les compositions pour un format live ?

Pour les beats électroniques, en effet, on a un ordinateur qui gère ça, et c’est couplé avec le film projeté en arrière plan et les lumières… mais je n’en dirais pas plus !

Un peu de mythe derrière tout ça ?

Ca n’est pas très compliqué, il y a, sur l’ordinateur, une partie pour chaque chanson, et les pistes qu’on ne peut jouer sur scène y sont enregistrées, tout est couplé avec les effets visuels. On essaie de faire du show une expérience totale, qu’il y ait une véritable ambiance. On essaie de ne pas se limiter à la musique.

J’étais dans le métro, plus tôt dans la journée, j’écoutais The Album Leaf, et je me suis aperçu que ta musique avait quelque chose de très cinématographique. Elle sonne comme une bande originale des tranches de vie qu’on traverse. Est-ce que tu as des projets transverses avec l’industrie du cinéma, avec des réalisateurs en tête ?

C’est un beau compliment, c’est exactement ce que j’essaie de passer à travers ma musique. J’aimerais beaucoup travailler avec le cinéma, en effet. J’ai fait la musique d’un documentaire l’été dernier, c’était une expérience très intéressante. Je n’ai pas encore de nom en tête, je n’y ai pas encore vraiment réfléchi, mais je devrais, oui, c’est un monde, un travail qui m’attire. Je vais déjà finir la tournée, je suis assez occupé en ce moment !

Qu’est ce qui t’inspire aujourd’hui quand tu écris une chanson ? Des personnes, une époque, des événements ? Est-ce que chaque album de The Album Leaf est inscrit dans l’époque de sa composition ?

Ca peut être n’importe quoi, n’importe qui. C’est un processus très naturel. J’essaie de ne pas trop penser à ce que je fais quand j’écris une chanson. Il m’arrive de passer du temps chez moi, et de m’asseoir au piano, et une chanson se construit petit à petit. Les événements de ma vie personnelle comme ce que je vois à la télé ou ce que j’entends à la radio peuvent se retranscrire dans ma musique, même de manière inconsciente. Ca ne se maîtrise pas vraiment.

Il y a quelques semaines, je rencontrais The Soft Pack, un autre groupe de San Diego, qui ont cité The Black Heart Procession, un groupe dans lequel tu as joué, comme une source d’inspiration, un groupe qu’ils écoutaient plus jeunes…

Ils ont cité Black Heart Procession comme une influence, The Soft Pack, vraiment ?

Oui…

Ah ! C’est inattendu.

La scène de San Diego est riche, très effervescente en ce moment. Est-ce que tu penses avoir une part de responsabilité dans cette effervescence ?

Cette scène, en fait, elle est à la fois importante, intéressante et finalement, très petite. Il y a beaucoup de choses qui en sortent, beaucoup de styles différents, mais tout le monde se connaît et tout le monde joue ensemble. Notre violoniste joue avec 6 ou 7 groupes différents, je crois ! Tout le monde se connaît, tout le monde s’aide, c’est le fait de peu de monde, donc ça n’est pas très difficile à entretenir. Pour ma part, j’essaie de sortir des groupes de San Diego, de les mettre en première partie de nos concerts, de les faire écouter aux bonnes personnes, puisqu’on a une certaine portée, même si on ne joue pas dans des stades. Le groupe Black Mamba en ce moment est bon, par exemple… Quoi qu’ils ont quitté San Diego en fait… Il y a beaucoup de groupes qui n’ont pas besoin d’aide, The Soft Pack, Crocodiles, Wavves, toutes ces conneries… The Soft Pack, je ne les connaissais pas il y a encore quelques semaines, franchement, je n’ai pas vraiment envie de les connaître, ni en bien, ni en mal..!

Tu parais très calme aujourd’hui, tu as une vie rangée, tu n’es pas vraiment un désaxé : comment tu évoluais dans la scène punk ?

J’ai joué du punk il y a maintenant plus de 10 ans. Disons que j’ai simplement mûri. C’est ce côté plus posé qui m’a permis de m’en sortir aussi, parce que c’est beaucoup de boulot, que de faire monter son projet, ça n’arrive pas comme ça, même si tes chansons sont très bonnes. Tu dois chercher des dates, chercher des contacts, faire écouter tes démos à tout le monde, et je n’avais pas un rond pour payer mon loyer, je devais me lever tôt, courir toute la journée, jouer le soir et recommencer le lendemain dans la ville suivante, je devais conduire… Je suis content aujourd’hui, d’avoir plus de moyens, de pouvoir tourner autour du monde, que des gens viennent nous voir, qu’on m’interviewe. Ca n’aurait pas été possible si je n’avais pas eu la tête sur les épaules, et j’ai envie que ça continue… La vie de rockstar, c’est le côté branleurs des musiciens que j’ai côtoyés pendant mes années de galère, mais avec l’argent en plus, c’est ridicule. Quand j’étais jeune, j’avais un appareil qui me permettait d’arnaquer les cabines téléphoniques, ça remettait du crédit quand tu n’en avais plus et ça me permettait de passer tous mes appels pour trouver des endroits où jouer, pour prendre des rendez-vous, toute la journée. Ca, c’est punk !

http://www.myspace.com/thealbumleaf

Merci à Jérémy pour l’organisation.

Publicités

Une réponse à “Meet The Album Leaf

  1. Des loopers…une projection…ça me ferait presque penser à …

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s