Suzanne The Man, Villeneuve @ Flèche d’Or – 01/04/2010

Alors on nous aurait menti ? Ca fait combien de temps, maintenant, qu’on nous dit que les français n’arriveront jamais à faire de la musique comme les anglo-saxons, que leur héritage de chanteurs à textes est de toute façon bien trop important pour qu’ils s’affranchissent d’un style franchouille accordéon et calembours… Et voilà qu’en une semaine, John&Jehn, Villeneuve et The Bewitched Hands On The Top Of Our Heads nous redonnent foi !  Jeudi soir, on était donc à la Flèche d’Or pour voir Villeneuve sur scène, un concert organisé par les Boutiques Sonores. Accompagné de son groupe, le parisien a su dépasser le « complexe du producteur » qui touche grand nombre de ces obsédés du son qui tentent l’expérience sur scène : après deux chansons hésitantes, la magie opère et Villeneuve scotche son public, notamment grâce à l’intervention de Suzanne Thoma et sa voix d’or, qui ouvrait par ailleurs la soirée, avec son duo Suzanne The Man.


Suzanne The Man


Suzanne The Man, c’est Suzanne, sans homme, mais accompagnée d’un violoncelle qui distille une pop/folk minimaliste portée par sa voix magique. Car il ne faut pas plus de 30 secondes une fois le duo installé devant une Flèche d’Or encore largement vide pour que le charme opère. Le silence se fait et on n’entend bientôt plus que les déclencheurs d’appareil photos. Il est toujours impressionnant de constater à quel point une voix peut à elle seule  forcer le respect. Posé sur de délicates mélodies acoustiques, dépouillées presque jusqu’au naturalisme, le chant de Suzanne souffle comme le vent dans les feuilles de Leaves Clap Your Hands et scintille comme les étoiles de Stargazing. Comme un écho, le violoncelle de Sonia dialogue avec Suzanne, les deux se cherchent et s’emmènent chacun plus loin sur le fil, et c’est à ces moments là, au plus près de la rupture, qu’on se retrouve le plus transporté.

Parfois prête à s’érailler, la voix de Suzanne touche en plein coeur, qu’elle raconte des anecdotes presque enfantines ou nous évoque des souvenirs difficiles. Pourtant, on se dit aussi que la musique de Suzanne The Man mériterait plus d’arrangements. A l’écoute de ses chansons douces-amères, on se prend à rêver des merveilles que feraient un xylophone, une batterie minimaliste ou un banjo, qui feraient voler en éclats la désagréable impression de déjà-entendu qui nous saisit pendant la seconde moitié du set, impression qu’on réfrène tant que possible tant la sensibilité et la timidité du duo est touchante, mais qui persiste malgré tout.

La Canadienne a réussi à créer autour de ses ritournelles un univers féérique qu’il ne faudrait sacrifier en aucun cas, mais qui gagnerait à se diversifier. Aucun doute après ce set que la demoiselle saura y remédier : on a hâte d’entendre le résultat !

http://www.myspace.com/suzannethemanband

Villeneuve

Celui que tout le monde attendait ce soir, c’est bien sûr Villeneuve, qui présentait Dry Marks Of Memory, album pop parfait sorti chez Pias le 22 février. Délaissant pour un temps l’electro pure et ses machines, le producteur s’entoure pour l’occasion d’un groupe et le moins qu’on puisse dire, c’est que la mise en place est travaillée au millimètre. Du soin dans le choix du matériel au travail d’orfèvre de sculpture du son, à travers une batterie d’effets et servi par une balance impeccable, Villeneuve nous offre ce soir les mets sonores les plus raffinés. L’ondulation du vibrato et le grain de la distorsion chatouillent l’oreille, le synthé halluciné se mélange parfaitement avec les lignes de basse profondes, on décolle du sol dès le premières notes de Patterns. S’il manque encore de la présence d’un Ghinzu, Villeneuve saupoudre son rock electro de la virtuosité qui manque aux Belges et soutient largement la comparaison.

Pas encore tout à fait à l’aise sur scène, les deux premiers morceaux pâtissent d’une certaine crispation du chanteur, de la mise en place progressive de l’ensemble. Le salut viendra dès le troisième titre et l’invitation sur scène de Suzanne, pour une interprétation des quelques titres chantés par une femme sur l’album. Dès lors, toute l’émotion qui pouvait manquer au début du concert trouvera son chemin jusqu’à nous : concentré sur sa musique, Villeneuve soigne le son avec une précision de chirurgien et taille l’écrin idéal pour la voix d’or de Suzanne. The Sun est un moment magique et Words Of Yesterday nous prend directement aux tripes, avec sa mélodie enfantine et son final magistral. Clairement le plus beau moment de la soirée.

A partir de là, plus rien n’arrêtera le pilote Villeneuve : la ballade Day One commence comme une caresse à l’oreille pour finalement nous transpercer de sa puissance, les tympans vrillés par le saxophone fou qui habille le pont noisy de la chanson. Les musiciens se lancent des regards, échangent des signes, chacun prêt à laisser la place à l’autre et tous ont droit à leur moment de grâce. Néanmoins, le producteur garde la main sur toutes les interventions de ses musiciens et quand il abandonne pour un temps sa guitare, c’est pour se pencher sur son pupitre, bardé d’effets et de synthé en tout genre, prêt à torturer et malmener le son qui émane de chacun des instruments : malgré l’appui d’un groupe, Villeneuve reste un artiste solo et garde totale maîtrise de la partie.

Pour conclure ce grand moment, l’extatique Death Race nous assène ses crochets de piano et ses uppercuts de batterie déchaînée. Giboulées en ce 1er avril, les 9 minutes passent comme un flash d’une intensité saisissante, dont on ressort sonné. Le morceau s’achève dans les larsens et les bips, le groupe s’efface en coulisses alors que le public revient peu à peu à ses esprits. Il réapparait le temps d’un atterrissage en douceur, le long des Victoria Falls. Quand la lumière se rallume définitivement, la Flèche d’Or se redessine, petit à petit, dans notre esprit. On se rappelle qu’on était à Paris et que c’était une soirée Boutiques Sonores. Un groupe doit encore passer, mais là, on préfère s’accrocher à la stratosphère où nous a envoyés Villeneuve.

Setlist :

Patterns

Set The Level

Dry Marks Of Memory

The Sun

Words Of Yesterday

Chrystel Graffiti

Day One

Yours & Yours

Death Race

————————-

Victoria Falls

http://www.myspace.com/villeneuvemusic

Villeneuve – Death Race :

http://www.lesboutiquessonores.com/

Texte et Photos : Jean-Philippe Régnier

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