Meet The Strange Boys

Dans les loges des Strange Boys, avant le premier concert d’une mini-tournée européenne, on fait connaissance avec Oliver, le chauffeur du bus pour la tournée fraîchement arrivé de Londres, on parle de South Park et des Simpsons et on donne ses instructions pour les lumières… Entre deux mails aux amis parisiens ou lillois et quelques gammes sur une nouvelle Stratocaster, achetée la veille à Kyle Hunt des Black Angels, rencontre avec Ryan Sambol : un garçon comme les autres, finalement.


De retour à Paris, alors ?

Oui, on a joué ici l’été dernier, pour le premier album. On aime beaucoup Paris, on y a pas mal d’amis, en plus.

Comment vous êtes-vous rencontrés, les Strange Boys ? Qu’est ce qui vous a amené à jouer ensemble ?

Le groupe a démarré il y a 7 ou 8 ans. C’était un duo, au départ. Puis mon frère, Philip, a rejoint le groupe à la basse, Greg a pris la guitare et on s’est mis à jouer à quatre. Pour le nouvel album, l’ancien batteur est parti, a laissé la place à un nouveau, et on a aussi une saxophoniste avec nous, mais elle n’est pas là aujourd’hui, elle est restée à Austin. Maintenant, on est donc entre quatre et six, suivant les dates.

Comme tu le dis, le line-up a changé entre les deux albums : le batteur, avec qui tu avais fondé le groupe, est parti. Comment tu gères un changement comme celui-ci, que faut-il faire pour garder l’identité du groupe ?

Il suffit que chacun donne le meilleur de soi-même, s’investisse à fond, joue le jeu. A la base, toutes les chansons sont écrites à la guitare acoustique, donc pour les chansons, ça n’implique que peu de changements. Je pense qu’en fait, on est capable de jouer, quelque soit la formation. J’espère.

C’est toi qui écris et composes toutes les chansons, donc ?

Oui, c’est ça.

Be Brave est sorti moins d’un an après le premier album, et sonne tout aussi brut et direct. Comment un disque comme celui-ci arrive à maturité ? Quel est le processus de création qui l’entoure ?

Pour le premier album, en fait, on a enregistré les chansons qu’on avait à l’époque. On avait des chansons, on les a enregistrées, on a sorti l’album, c’était aussi simple que ça. On a essayé de reproduire la même chose sur Be Brave : enregistrer les chansons au fur et à mesure de leur composition, tout ce qui venait.

Vous enregistrez tout ce que vous écrivez ?

Il y a quelques chansons inédites. Quelques chansons que je n’utiliserai probablement jamais. Mais en général, on enregistre tout. On n’essaie de pas trop se prendre la tête là-dessus.

Ce qui explique que le deuxième album soit sorti si vite…

Oui. On est rentré d’Europe cet été, et on avait réservé un studio pour la semaine qui suivait notre retour, donc je me suis dépêché de finir les chansons, on y est allé et on a enregistré tout ça.

Quand a eu lieu cette session ?

En septembre.

En effet, tout ça a été très rapide…

C’est notre boulot, on a besoin de gagner de l’argent !

On peut imaginer que vous avez déjà des nouvelles chansons pour un troisième album, donc ?

Quelques unes, oui. On verra ce que ça donne après l’été.

A ce sujet, c’est facile, pour vous, aujourd’hui, de gagner votre vie par la musique ?

Ca demande beaucoup de travail, mais si tu travailles dur, tu peux le faire. On a quelques chansons que les gens aiment. Et si tu as quelques chansons que les gens aiment, tu peux partir en tournée. Ca te permet de faire la promo de l’album, et ainsi de suite. Ca dépend vraiment du boulot que tu y consacres. Aussi de ce que tu dépenses. Si tu veux un super hôtel tous les soirs, du nouveau matos tous les jours, tu vas claquer tout ton argent. En dépensant intelligemment, on peut s’en sortir, oui. Vivez chichement, soyez payés gros. C’est comme ça qu’on devient riche.

Finalement, vous êtes moins branleurs que ce que montrent vos clips, ou ce qu’on peut entendre sur le disque…

Ouais, c’est un peu ça… (Rires)

J’ai lu que vous étiez originaires de Dallas…

Oui, c’est là que le groupe a commencé.

Puis vous avez déménagé à Austin… Il y a une scène très vivace à Austin, vous la fréquentez ?

Oui, complètement. Il y a un paquet de petits groupes qui sont très bons à Austin en ce moment… The Golden Boys, Shape Of Things… J’ai des trous de mémoire ! Mais tout le monde se soutient, à Austin, c’est vraiment l’endroit rêvé pour jouer de la musique.

Et comment fait-on pour percer ? Pourquoi les Strange Boys sont ici aujourd’hui, et pas les Golden Boys, par exemple ?

Pourquoi on a percé en premier ?

Oui, comment êtes vous passés d’une scène locale à une scène de plus grande envergure ?

Euh… On a eu de la chance, j’imagine, on s’est fait booker, on est venu jouer ! On revient en juin, d’ailleurs. Là, on fait une petite tournée, puis on va rentrer à la maison, se reposer un peu, puis on reviendra jouer ici à Paris en juin, le 21.

Qu’est ce que ça fait de sortir un album à travers le monde ? The Strange Boys And Girls Club était sorti aux Etats-Unis uniquement, Be Brave est sorti en Europe, qu’est ce que ça change ?

En fait, je ne sais pas trop ! Je ne sais pas si des gens l’ont acheté ! On verra ce soir ! Je ne pense pas qu’on soit complet, ce soir (nda : si, si…). J’ai hâte de voir ce que ça va donner. Le dernier concert était bon, alors qu’on n’avait rien sorti ici… On va voir comment ça se passe ce soir, et comment ça va se passer en juin, avec plus de temps et de promo.

Ca marche mieux une fois que les gens vous ont vus, en général ?

Oui, complètement.

Certains groupes fonctionnent dans l’autre sens : ils enregistrent, sortent l’album, laissent le tout mijoter, attendent que la sauce prennent et viennet jouer ensuite. Pour vous, c’est le concert qui déclenche les choses ?

Oui, c’est comme ça que je vois les choses. Tu enregistres du mieux que tu peux. Puis il y a une période pendant laquelle le disque sort, mais tu ne peux pas trop y penser, tu n’as pas de recul. Ensuite, tu viens jouer, et tu donnes envie aux gens d’acheter le CD, en espérant qu’ils retrouvent sur le CD ce qu’ils ont vu en concert. Certains vont se dire « Le concert n’était pas terrible, mais le CD est bon. », d’autres vont se dire l’inverse, j’espère qu’il y en a quelques uns qui aiment les deux, mais dans tous les cas, pour nous, le show permet d’enfoncer le clou. Et il y a plus d’argent à se faire, on est obligé de tourner.

 

Finalement, le concert fait la promo du CD, ou l’inverse ?

Les concerts, c’est éphémère. Les gens viennent, mais ne reviennent pas toujours. On essaie de les divertir du mieux qu’on peut. On fait notre boulot et si on le fait bien, ils achètent le CD et le CD, par contre, ils vont le garder aussi longtemps que possible. Donc on pourrait dire que le CD est plus important. Mais c’est assez équivalent pour nous.

Au risque de paraître naïf, vous êtes originaires du Texas, qui n’a pas ici une très bonne réputation : comment ressentez-vous ça ?

Je dirais que tout ce qu’un parisien ou un français ressent par rapport au Texas, ou aux Etats-Unis en général, les Strange Boys ressentent exactement la même chose ! Le problème, c’est que aussi mauvais que soient les politiques et la politique des Etats-Unis, on n’est pas capables de garder ça pour nous, il faut que ça devienne international. Un mauvais leader, une mauvaise décision, une mauvaise loi, une mauvaise guerre… n’importe quelle guerre en fait ! Ca ne reste jamais exclusif aux américains. On est connu comme étant les brutes, les machines à tuer. C’est vrai !

Vous connaissez peut-être les Black Angels, qui sont d’Austin, comme vous ?

Oui, très bien ! En fait, Kyle vient de me vendre cette guitare, hier, juste avant qu’on parte !

D’accord ! Les paroles de Black Angels sont teintées de politique, parlent des heures sombres de l’Amérique, contrairement aux votres…
Vraiment ? Je vais relire nos paroles et relire celles des Black Angels alors ! Le truc, c’est qu’on ne parle pas du Viêt-Nam, on parle de maintenant ! C’était plus vrai sur Girls Club, mais ça l’est aussi sur Be Brave. Ca n’a pas tellement d’intérêt de protester dans une chanson.

Oui, c’est plus subtil…

Oui, voilà. Les gens se disent souvent que si tu mets de la politique, de grandes idées dans une chanson, tu te la joues prophète, du genre « Rejoignez-nous ! » ou « Peace, man ! ». Je préfère écrire des paroles subtiles, mettre un vers sur la politique et le vers suivant sur ce que je veux. On n’écrit pas des hymnes pour empêcher les gens d’acheter du Coca-Cola. Ca propose plutôt aux gens de penser par eux-mêmes. De ne pas croire la masse, l’agitation, la hype. N’écoutez pas tout ce qu’on vous dit à la télé, parce que la télé peut vous mentir. C’est plus ce genre de choses.

Qu’est ce qui t’inspire, quand tu écris une chanson ?

Ma vie… Les gens, les amis, la famille, des inconnus, des rencontres… Les choses se mélangent, tu écoutes un groupe, des jours passent, tu prends ta guitare, tu composes un morceau, les blancs se remplissent…

Et qui t’a influencé ? Qui t’a fait prendre une guitare et t’a donné envie d’écrire des chansons ?

Oh, il y en a tant… Je dirais tous les artistes que j’ai entendus et qui joue pour jouer. Qui écrivent des chansons pour les jouer. Vraiment pour la chanson, à la base, et pour rien d’autre.

Tu penses qu’une chanson doit être écrite pour être jouée en public, tu n’écris pas pour toi ?

C’est un peu ambigu, parce que tu sais, j’écris une chanson pour moi et une fois que tu l’as sortie, elle n’est plus à toi. Un vers que j’écris peut être très spécifique, très personnel, mais ensuite tu l’entends, tu lui donnes le sens que tu veux et tu ne peux pas me demander ce que moi je voulais dire dedans, à part si tu m’interviewes, et donc le sens est tien, à partir de là. J’écris les chansons pour moi, à la maison, et une fois sur CD, elles appartiennent à ceux qui les écoutent.

Qui vont peut-être en faire un statut Facebook…

Oui ! Ca peut aller jusque là !

Donc, vu que je t’ai devant moi, je peux te demander pourquoi il faut être courageux ?

Hmm. Tu n’as pas à l’être, mais ça peut aider. C’est un bon exemple du sens que ça peut avoir pour les gens et pour moi. Je ne dis pas à tout le monde qu’il faut être courageux tout le temps, parce que je ne le suis absolument pas moi-même ! C’est juste qu’au moment où je l’ai écrite, c’est ce que j’avais besoin de me dire. Il m’arrivait des emmerdes et ça m’a aidé ! Si quelqu’un me dit « Tu dois être courageux et t’engager dans l’armée ! », non, je ne suis pas d’accord ! Mais si je me dis « J’aimerais faire ce que je veux de ma vie, de la musique, etc. », mes amis, mes proches vont me dire « T’as intérêt à être courageux ! », ça va m’aider.

 

Et aujourd’hui, tu as fait ce que tu voulais de ta vie ?

Aujourd’hui, oui. Et peut-être que le chanter tous les soirs m’aide à m’en souvenir.

Que tu dois être courageux ?

 

Ouais… Et pourtant, chanter la même chose tous les soirs, c’est incroyablement lassant… Tu n’y penses pas, quand tu écris la chanson, que tu vas la chanter tous les soirs. Merle Haggard a sorti une compilation, « Songs That I’ll Always Sing », les chansons qu’il ne sera jamais lassé de chanter, qui comptent beaucoup pour lui. C’est le but ! Des fois, il faut aussi penser à son public, qui il est. Je n’ai jamais été très bon à ça, j’essaie de m’améliorer. Sur scène, si tu t’emmerdes, que tu joues ta chanson pour la centième fois de ces trois derniers mois, les gens ne doivent pas le voir, pas ressentir ça.

Car c’est la première fois, pour la plupart d’entre eux. Ce soir, par exemple.

Exactement. Et s’ils me voient me faire chier, sur scène, ils ne nous aimeront pas autant qu’ils le devraient. Ou le pourraient.

 

Et une chanson, très personnelle, peut-elle le rester quand on la chante tous les soirs devant un public, depuis plusieurs années ? Est-ce qu’elle garde son sens ?

C’est un très bon exemple, Be Brave, car elle contient quelques vers très personnels. Et maintenant, après quelques dates en tournée avec, je n’ai plus vraiment envie de dire ça tous les soirs. Ce que je fais, maintenant, c’est que j’essaie, en commençant une chanson, de me remettre dans l’état d’esprit dans lequel j’étais quand je l’ai écrite, pour la chanter avec la même intensité. Si j’y arrive, le concert n’en sera que meilleur. Mais ça n’est pas facile. C’est cool, d’une certaine façon, car ça m’emmène dans un coin de ma tête où je peux dire des choses que je n’ai jamais dites avant, que je n’ai pas mises dans la chanson, qui auraient pu y être. C’est intéressant, à explorer.

Ca t’arrive, d’improviser sur scène ?

C’est quelque chose que j’aime beaucoup. J’adore voir un groupe et remarquer qu’ils ont ajouté des paroles spécialement pour la soirée mais c’est tellement difficile ! Je n’y arrive pas encore ! Surtout sur les anciennes chansons, parce qu’elles sont tellement ancrées dans mon esprit, j’ai du mal à les modifier. Je me dis que je dois les jouer telles qu’elles sont, qu’il n’y a pas d’autre façon de les jouer. Je vais essayer de m’y mettre. On le fait plus facilement sur les reprises. On ne fait pas beaucoup de reprises, mais on essaie de se les approprier.

Tu te préoccupes de ton audience alors. Tu sais, qui écoute les Strange Boys ?

Hmm… Je pense qu’ils sont jeunes… Mais c’est vraiment une hypothèse, je n’en sais rien, en fait ! On ne veut vraiment mettre personne à l’écart. Si quelqu’un aime, si quelqu’un comprend, il est le bienvenu. On va en apprendre un peu plus sur cette tournée, je pense.

Ca a une influence, sur ta façon d’écrire et de jouer, de rencontrer ton audience ?

D’une certaine façon, oui. Si on me dit « Tu sais, à Lille, ils aiment quand ça va vite, quand on joue fort… » ou « A Glasgow, ils aiment plus lent, plus bluesy… », ça peut nous influencer. Il ne faut pas trop s’attacher à son audience, parce qu’évidemment, tu ne peux pas satisfaire tout le monde. Ca peut être une pente glissante. Mais il faut donner aux gens ce qu’ils veulent, autant que possible.

Vous jouez à Lille ?

Oui, dans quelques jours. Ils aiment quand ça va vite là bas ? Je connais les Crusaders Of Love, qui sont de Lille, très cools.

Et qu’est ce que vous préfèrez, Paris, Texas ou Paris, France ?

(Rires) Paris, France, sans aucun doute. Je pense que je n’ai jamais mis les pieds à Paris, Texas ! Mais c’est un bon film !

Propos recueillis par Jean-Philippe Régnier

Merci à Sebastien !

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