Deerhunter @ Maroquinerie – 13/05/2010

Quatre ados attardés à l’allure un peu gauche et un bulldozer que rien n’a pu arrêter. Pour conclure sa tournée européenne, Deerhunter a offert aux chanceux présents à la Maroquinerie ce 13 mai un concert d’anthologie, mélange parfaitement dosé entre  la  sensibilité et la rage qui caractérisent leur musique. Influencés par des décennies de DIY, du garage des 60’s au shoegaze du début des années 90, Bradford Cox et sa bande explorent les eaux troubles et agitées d’un rock noisy mais jamais autiste. Ce soir-là, à travers la tempête et jusqu’à un final libérateur, ils n’ont accordé aucun moment de répit à un public au cœur bien accroché.


Fantomatique, Bradford Cox est entré sur scène sur la pointe des pieds, la poitrine agitée par une toux violente, sa fragilité à peine dissimulée. Après avoir salué le public d’un sourire rassurant, il a entonné les paroles d’Helicopter, lourdes de sens : « I’m tired of my pain » et le brouillard des guitares s’est posé doucement sur la Maroquinerie. L’illusion aura fonctionné le temps de deux morceaux : on a cru jusqu’aux premières notes de Never Stops que Deerhunter nous baladerait pendant toute une soirée dans des plaines désolées et embrumées. En réalité, il a suffi d’un refrain déchainé pour qu’on comprenne que le groupe nous avait bandé les yeux avant de nous lâcher en pleine tempête. Cox nous a prévenus, la tournée s’achève ce soir et les quatre comptent bien profiter de leur final.

Deerhunter est un paradoxe. Ce soir, c’est ce qui fait toute sa sincérité : à l’instar de ses pères spirituels de la scène indé américaine que sont Sonic Youth ou Nirvana, il transcende son mal-être et sa sensibilité à fleur de peau à travers une énergie débordante. Une fois lancés, ces quatre nerds qui se sont mis à la musique parce qu’ils ne correspondaient pas aux canons du genre quaterbacks captent tous les regards, électrisent l’atmosphère et ne cachent pas sourires et enthousiasme qui contrastent avec la douleur quasi exhibitionniste de leurs chansons. Tantôt vilain petit canard, tantôt paon vaniteux, Cox part se cacher au fond de la scène, accroupi, comme prostré, et torture sa guitare ou revient au contraire au plus proche du public, s’offrir à chaque minute comme s’il entamait son chant du cygne. Pourtant, sa prestation n’a rien de désespéré ou de morbide : le chanteur exulte, habité par la grâce de ceux qui ne veulent pas se donner le temps de se lasser.

Chaque chanson sonne comme un éclair de génie, des arpèges cristallins de Agoraphobia au bijou Vox Celeste. Aucun remplissage, aucune frime : Deerhunter rend même humble l’improbable tapping qui sert d’outro à Nothing Ever Happened. Ultra efficace jusque dans son interminable et halluciné coda bruitiste, la chanson clôt un set qui a mis une claque à plus d’un. Revenant sur scène sous les hourah et les déclarations d’amour du public parisien, Deerhunter s’offre en guise de rappel une véritable récréation sur Fluorescent Grey, issue de l’EP du même nom et Strange Lights. Les quatre partagent quelques blagues, invitent sur scène des spectateurs à tenir les instruments, remplissent des appareils photo empruntés ça et là, slamment d’un bout à l’autre de la salle, renverse tout le mobilier disponible et s’efface en coulisse, hilare, après vingt minutes d’un joyeux bordel communicatif auquel tout le public a pris goût. Pas une personne ne quitte la salle sans un sourire aux lèvres, Pour ce jeudi de l’ascension, on n’était en effet pas loin du paradis…

Setlist :

Helicopter

Fountain

Never Stops

Revival

Rainwater Cassette Exchange

Little Kids

Disappearing Ink

Agoraphobia

Spring Hall Convert

Vox Celeste

Hazel St!.

Nothing Ever Happened

————————————-

Fluorescent Grey

Strange Lights

http://www.myspace.com/deerhunter

Merci à Sebastien !

Texte et Photos : Jean-Philippe Régnier.

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